3 questions à… Alain de Mijolla

Publié le 1 septembre 2017

Pourquoi avoir choisi d’écrire une biographie de Freud, tandis qu’il en existe déjà beaucoup ?

Je n’ai pas écrit de  biographie de Freud, car, comme lui, j’estime, ainsi qu’il l’écrivait à Arnold Zweig le 31 mai 1936 : « Celui qui devient biographe s’oblige au mensonge, aux secrets, à l’hypocrisie, à l’idéalisation et même à la dissimulation de son incompréhension, car il est impossible, d’avoir la vérité biographique, et même si on l’avait, elle ne serait pas utilisable. La vérité n’est pas praticable, les hommes ne la méritent pas, et d’ailleurs notre prince Hamlet n’a-t-il pas raison lorsqu’il demande si quelqu’un pourrait échapper au fouet s’il était traité selon ses mérites ? »

Pourquoi avoir choisi cette organisation par fragments ?

En revanche, on peut s’intéresser à des moments de sa vie ou aux idées qu’il a défendues. J’ai déjà écrit un livre intitulé franchement Freud, fragments d’une histoire, publié en 2003 par les Presses Universitaires de France. Mes principes étaient les mêmes : tenter d’approfondir ces thèmes plutôt modestement, pas comme un superman capable d’embrasser un champ de recherche sans limites. C’est mon but : maintenir vivace et étudier aussi profondément que possible ce que peut évoquer en nous la personne de Freud.

Vous parlez d’une démarche sinueuse au sujet de la pensée de Freud : pensez-vous que Freud aurait pu être écrit au pluriel dans le titre ?

Non, il n’y a qu’un Freud en tant que personne ayant vécu de 1856 à 1939, avec une vie qu’on peut découvrir sous cent aspects différents. Mais reste ce qui concerne ce que j’ai proposé de définir comme « La pensée de Freud » en lieu et place d’une « Psychanalyse » qui a perdu son sens premier de nos jours, vu la multiplicité disparate de ce qu’elle est censée définir. C’est elle, maintenue toujours vivante, qui a permis à toute une série d’auteurs, Sándor Ferenczi, Otto Rank, Melanie Klein,et tant d’autres de poursuivre la survie de Freud jusqu’à nos jours.