Pourquoi écrire : La dyslexie-dysorthographie, un point de vue psychodynamique ?

CV_OuverturesPsy_Dyslexie DysorthographiePar Paul Marciano.

Introduction de l’ouvrage La dyslexie-dysorthographie, Un point de vue psychodynamique disponible aux Éditions In Press.

Quatre principaux éléments ont présidé à la confection de cet essai :

– Le nombre considérable d’enfants reçus en consultations de pédopsychiatrie au motif de troubles dyslexiques-dysorthographiques vrais ou… supposés, du fait d’ailleurs d’une saisissante inflation de ce type de diagnostic.
– La véritable et étonnante dictature de certaines théories faisant une place quasi exclusive à la génétique, confinant dans une très lointaine périphérie toute autre hypothèse.
– La prévalence accordée aux méthodes radicalement rééducatives inspirées souvent par les mêmes hypothèses.
– Enfin, notre souhait de faire figurer sur le devant de la recherche les conceptions psychodynamiques inspirées par la psychanalyse comme l’ont déjà fait certains auteurs.

Nous avons en effet constaté combien la lecture et l’écriture pouvaient, pour certains enfants, constituer un « médium » à haute teneur symbolique pour, en quelque sorte, donner, aux parents et aux attentifs professionnels, lecture des tourments de leur monde interne.

C’est ainsi que nous avons, de manière récurrente et insistante, constaté combien dans les cas de dyslexie dysorthographie, la question de la place de l’enfant se posait avec une toute particulière acuité en tant que véritable dénominateur commun. Place au sein de sa famille qui se défait ou se transforme, place au sein d’une nouvelle configuration familiale qui se refait et parmi lesquelles le risque de sa disparition ou de son oubli intervient pour lui de manière majeure.

Dès lors, l’enfant peut, grâce à ce précieux support, rendre encore plus « lisible » et ostensible sa détresse. Il s’en sert aussi pour transfigurer ses préoccupations en imposant inconsciemment aux lettres une nouvelle « dys-position » témoin de son inquiétude liée cette fois à la nouvelle « dys-position » familiale qu’il réprouve.

En même temps, il signifie par le biais de ce singulier ordonnancement imposé aux lettres, celui qu’il aimerait voir advenir au sein de cette nouvelle configuration afin que sa place soit sauvegardée et respectée. Ces différents processus s’étayent sur l’identification et le rapprochement auxquels l’enfant procède, entre les lettres et les personnes pour en quelque sorte confectionner de nouvelles entités, les « lettres-personnes » ; les lettres devenant les représentantes des sujets composant son espace environnant.

L’on peut dès lors avancer un certain nombre d’idées inspirées par la clinique et considérer la dyslexie-dysorthographie comme un symptôme, un mécanisme de défense, une mise au jour des conflits internes, un désir de mettre bon ordre dans le ballet des adultes autour de lui et de se protéger de ses poussées oedipiennes et incestuelles. En somme, une façon de tenter de sauvegarder sa place et de prêter aussi
à la dyslexie-dysorthographie un rôle d’auxiliaire du Surmoi.

Dès lors, sa cure ne va bien évidemment pas de soi et ne peut s’envisager qu’à condition de tenter de dénouer l’écheveau de tous les sens latents…