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Rumeurs, croyances et théories du complot : l’analyse de la psychologie sociale

Publié le 23 juillet 2025

Comment naissent les croyances collectives ?

Les croyances collectives ne naissent pas dans le vide. Elles émergent dans un contexte social spécifique, souvent en réponse à un besoin d’explication face à l’incertitude. Dans une société, lorsqu’un événement majeur (crise, attentat, pandémie) se produit, les individus cherchent à donner du sens à ce qu’ils vivent. C’est ce que la psychologie sociale appelle la réduction de la dissonance cognitive : quand une réalité heurte nos attentes, nous avons tendance à adopter une explication qui restaure une certaine cohérence mentale.

Ces croyances se construisent aussi autour de normes sociales partagées. Si un groupe valorise la méfiance envers les institutions, il est plus probable que ses membres adhèrent à des récits complotistes. Les réseaux sociaux et les discussions de groupe renforcent ces tendances, via un phénomène connu sous le nom de polarisation : plus on discute dans un cercle homogène, plus les opinions extrêmes deviennent dominantes.

Pourquoi les théories du complot séduisent autant ?

Les théories du complot répondent à plusieurs fonctions psychologiques. D’abord, elles rassurent : penser qu’un événement est contrôlé par une entité (même malveillante) peut être moins angoissant que de l’attribuer au hasard. Ensuite, elles permettent à certains individus de se sentir plus lucides que la majorité, dans une logique d’empowerment cognitif : « je sais ce que les autres ignorent ».

Plusieurs traits psychologiques augmentent la probabilité d’adhésion à des récits conspirationnistes :

  • Le besoin de contrôle élevé
  • Un niveau de confiance faible envers les autorités
  • Une pensée intuitive dominante sur la pensée analytique
  • Un sentiment d’exclusion sociale

Les théories du complot peuvent aussi s’inscrire dans une stratégie identitaire. En partageant une croyance alternative, on affirme une appartenance à un groupe qui se différencie du reste de la société, perçue comme « manipulée » ou « endormie ».

Le biais de proportionnalité

Un mécanisme central est le biais de proportionnalité : nous avons tendance à penser que des événements majeurs doivent avoir des causes tout aussi majeures. Une coïncidence ou un échec logistique peuvent paraître insuffisants pour expliquer une crise globale. Ce biais renforce l’attrait pour les récits complotistes qui proposent des causes intentionnelles et planifiées.

L’effet de répétition

Un autre facteur puissant est l’illusion de vérité. Plus une information est répétée, plus elle semble crédible. Même si elle est fausse. C’est l’un des moteurs de diffusion des rumeurs, particulièrement dans les environnements numériques.

Le rôle des rumeurs dans les dynamiques sociales

Les rumeurs ne sont pas de simples anecdotes circulantes. Elles jouent un rôle actif dans la régulation sociale. En période d’incertitude, elles permettent :

  • De partager rapidement de l’information perçue comme cruciale
  • D’exprimer des émotions collectives (peur, colère, méfiance)
  • De renforcer les liens communautaires autour d’un récit commun

La psychologie sociale analyse les rumeurs comme des productions collectives, adaptatives et souvent révélatrices des tensions sociales sous-jacentes. Elles circulent d’autant plus vite qu’elles remplissent trois critères :

  1. Ambiguïté de l’événement d’origine
  2. Importance perçue du sujet
  3. Crédibilité apparente du contenu

Des régulations sociales implicites

Certains chercheurs, comme Allport et Postman, ont montré que les rumeurs fonctionnent comme des mécanismes de contrôle social implicites. Elles diffusent des normes, des jugements et des récits moraux à travers des versions orales souvent simplifiées mais très influentes.

FAQ

Pourquoi certaines personnes croient-elles plus facilement aux théories du complot ?
Parce qu’elles ressentent un besoin accru de contrôle, se méfient des autorités, privilégient la pensée intuitive et se sentent parfois socialement exclues.

Les rumeurs sont-elles toujours fausses ?
Non. Une rumeur peut être vraie, fausse ou partiellement correcte. Ce qui la définit, c’est son mode de circulation informel et l’absence de vérification au moment de sa diffusion.

Les théories du complot sont-elles dangereuses ?
Elles peuvent l’être, surtout lorsqu’elles nourrissent la défiance, provoquent des violences ou freinent des politiques publiques de santé ou de sécurité.

Peut-on lutter contre la désinformation par des faits ?
Pas toujours. Les faits seuls ne suffisent pas si l’attachement émotionnel à une croyance est fort. La reformulation empathique et l’éducation à l’esprit critique sont plus efficaces.